´ó¿§¸£ÀûÓ°Ôº

Menu
´ó¿§¸£ÀûÓ°Ôº
Rechercher
Magazine
Rechercher

Burn-out en expatriation : vous n'êtes peut-être pas seul à souffrir

Paroles d'experts 8 min de lecture
burnout© nebojsa_ki / Envato Elements

L'expatriation est souvent associée à l'aventure, à la découverte et à de nouvelles opportunités. Et même si elle peut être une expérience profondément enrichissante, j'observe, parfois en consultation, derrière l'enthousiasme du départ, une autre réalité, beaucoup moins visible : celle de l'épuisement. Lorsque je reçois des expatriés, certains me parlent d'une fatigue qui ne passe pas, d'une irritabilité inhabituelle, d'un sentiment de décalage ou encore de l'impression de ne plus être eux-mêmes. Il m'arrive également de constater que cette souffrance ne demeure jamais entièrement individuelle. En effet, en expatriation, lorsque l'un des parents vacille, c'est souvent toute la famille qui doit s'adapter.

Le conjoint peut, par exemple, se sentir isolé ou perdre ses repères et les enfants, quant à eux, peuvent percevoir les tensions, les inquiétudes ou la fatigue de leurs parents, même lorsque rien n'est exprimé. Il leur arrive de me dire : « Je ne comprends pas ce qui m'arrive. » D'autres ont le sentiment que quelque chose ne va pas, sans parvenir à identifier précisément ce qui ne va pas. Et pendant ce temps, les enfants deviennent plus anxieux, le couple se tend, les conflits se multiplient ou chacun se replie un peu plus sur lui-même. Et c'est souvent là que commence à apparaître ce que l'on pourrait appeler un « burn-out de l'expatriation ».

Car contrairement à ce que l'on imagine parfois, l'épuisement lié à l'expatriation ne concerne pas uniquement la personne qui travaille ou celle qui a initié le projet. Il touche souvent l'ensemble de la famille. Même si ces déséquilibres sont courants, car ils font partie du processus d'adaptation, il est important de les reconnaître afin de ne pas laisser les difficultés s'installer en silence.

Pourquoi l'expatriation peut-elle devenir si épuisante ?

Lorsque l'on change de pays, on ne change pas seulement de lieu de vie. On perd aussi, temporairement, une multitude de repères qui soutenaient notre équilibre psychique sans même que nous en ayons conscience. La langue, les habitudes, les codes sociaux, les amis de longue date, la proximité familiale, le sentiment d'appartenance à une communauté... Tout cela contribue à notre stabilité intérieure.

Or, beaucoup d'expatriés continuent de fonctionner comme si ce bouleversement n'avait aucun impact sur eux. Ils veulent être aussi performants au travail qu'avant, aussi disponibles pour leur famille, aussi investis socialement. Ils souhaitent retrouver rapidement le même niveau de confort et d'efficacité que dans leur pays d'origine. Comme si partir vivre à l'autre bout du monde ne devait finalement rien changer. Cette exigence est souvent très forte. Après tout, ce projet a été choisi. On a parfois quitté une situation confortable pour vivre cette aventure. Alors on se dit qu'on n'a pas le droit de se plaindre, qu'il faut réussir, s'intégrer, être reconnaissant ou encore être heureux. Mais le psychisme, lui, ne fonctionne pas ainsi.

L'expatriation est une expérience d'adaptation permanente. Chaque jour demande un effort supplémentaire : comprendre une nouvelle culture, décoder des comportements, créer du lien dans une autre langue, reconstruire un réseau, trouver sa place dans un environnement inconnu. Pris séparément, ces efforts semblent anodins. Additionnés sur plusieurs mois ou plusieurs années, ils peuvent devenir extrêmement coûteux sur le plan psychique et c'est normal.

Rejoignez la communauté

Recevez régulièrement des conseils pour mieux vivre votre expatriation

Quand le stress devient chronique

Le problème n'est pas le stress en lui-même. Toute expatriation comporte une part de stress normale et même nécessaire à l'adaptation. La difficulté apparaît lorsque cet état d'alerte devient permanent et perdure. Peu à peu, certaines personnes dorment moins bien, récupèrent plus difficilement, deviennent plus irritables ou plus sensibles émotionnellement. Elles ont du mal à se lever, à travailler ou à faire des activités. Ce qui leur procurait du plaisir auparavant ne leur procure plus la même satisfaction.

En parallèle, l'isolement peut accentuer le phénomène. Dans le pays d'origine, nous disposons souvent de nombreux soutiens invisibles : un ami que l'on peut appeler spontanément, des grands-parents disponibles, un voisin de confiance, un médecin que l'on connaît depuis longtemps. En expatriation, ces ressources ne sont pas toujours disponibles. Il faut alors continuer à avancer avec beaucoup moins de points d'appui.

Quand un parent s'épuise, toute la famille s'adapte

Il me semble que l'une des particularités du burn-out en expatriation est qu'il ne touche presque jamais uniquement la personne concernée. Dans une famille expatriée, chacun dépend davantage des autres. Les repères extérieurs étant moins nombreux, la famille devient souvent le principal lieu de sécurité psychique. Lorsque l'un des parents s'épuise, cela finit par retentir fréquemment sur l'ensemble du système familial. Le parent concerné devient, malgré lui, moins disponible émotionnellement. Il peut être plus irritable, plus impatient et plus préoccupé intérieurement. Les enfants perçoivent ces changements avec une grande finesse. Même lorsque rien n'est dit, ils ressentent les tensions, les inquiétudes ou la fatigue de leurs parents. Certains deviennent plus anxieux. D'autres présentent des troubles du sommeil, des difficultés scolaires, des maux de ventre ou des comportements plus opposants.

Il ne s'agit pas d'une conséquence automatique, bien sûr. Chaque enfant réagit à sa manière. Mais il me semble important de rappeler qu'un enfant ne vit jamais une expatriation seul. Un enfant traverse généralement l'expatriation aussi par l'état émotionnel de ses parents. Et contrairement à un adulte, il dispose souvent de moins de ressources extérieures pour prendre de la distance. Ses repères sont fragiles. Il dépend davantage de la stabilité émotionnelle de son entourage proche.

C'est pourquoi il me paraît essentiel de parler aux enfants lorsqu'on traverse une période difficile. Avec des mots simples, adaptés à leur âge. Non pas pour leur faire porter nos difficultés, mais pour leur permettre de comprendre ce qui se passe et, surtout, de savoir qu'ils n'en sont pas responsables. N'hésitez pas à vous faire accompagner par un professionnel si vous en ressentez le besoin.

Le conjoint expatrié : une souffrance souvent invisible

Lorsque l'on évoque l'expatriation, on pense généralement à la personne qui part travailler à l'étranger. Pourtant, j'observe souvent que le conjoint traverse lui aussi une période de grande vulnérabilité. Certains ont quitté leur emploi, leur cercle social ou une partie de leur identité professionnelle pour suivre le projet familial. Après l'effervescence des premiers mois, ils peuvent se retrouver confrontés à une forme de vide. Ils passent leurs journées à organiser le quotidien, à gérer l'installation ou à soutenir la famille, sans toujours trouver leur place.

Certains parlent d'épuisement. D'autres évoquent davantage un sentiment d'inutilité ou de perte de sens. On parle parfois de bore-out lorsque la souffrance est davantage liée au vide, au manque de stimulation ou à la perte d'un rôle valorisant. Cette souffrance est souvent silencieuse car elle s'accompagne d'une forte culpabilité : celle de ne pas être heureux alors que l'expatriation était censée représenter une chance. Pourtant, il me semble important de rappeler que ces ressentis sont fréquents et parfaitement normaux, compréhensibles. Quitter son emploi, ses habitudes, son réseau social ou une partie de son identité professionnelle constitue un véritable bouleversement. Il est normal qu'une période de flottement, de doute ou de déséquilibre s'installe. L'adaptation prend du temps. Parfois plusieurs mois, parfois davantage. En revanche, lorsque ce mal-être s'installe durablement, qu'il ne s'atténue pas ou qu'il commence à affecter la vie familiale, le couple ou l'estime de soi, il peut être utile d'en parler et de se faire accompagner.

La langue : une blessure narcissique souvent sous-estimée

Parmi les difficultés les plus fréquentes, la question de la langue occupe une place centrale. Pour les adultes, ne pas maîtriser parfaitement la langue du pays peut entraîner un sentiment de dépendance et de vulnérabilité. Certaines démarches deviennent compliquées. Il faut davantage d'énergie pour comprendre, se faire comprendre, créer du lien ou simplement exprimer ce que l'on ressent. Chez les enfants et les adolescents, l'impact peut être encore plus important. J'entends régulièrement de jeunes expatriés me dire : « Dans ma langue, je suis drôle, spontané, intelligent. Ici, je n'arrive pas à être moi-même ni à m'intégrer à un groupe parce que je ne parle pas bien la langue du pays. » Cette phrase résume bien ce qui se joue parfois. Changer de langue, ce n'est pas seulement apprendre du vocabulaire. C'est aussi devoir reconstruire une partie de son identité.

Ne pas rester seul avec ce que l'on traverse

Ce qui me frappe souvent dans les familles expatriées, c'est que chacun essaie de protéger les autres. Les parents veulent rassurer les enfants. Le conjoint veut soutenir celui qui travaille. Les enfants eux-mêmes cherchent parfois à ne pas inquiéter leurs parents. Mais lorsque chacun garde ses difficultés pour lui, le risque est que l'épuisement s'installe en silence. Il me semble donc important de rappeler une chose simple : le stress, la fatigue ou même le burn-out en expatriation ne sont pas des signes d'échec. Ils sont souvent le signe qu'un effort d'adaptation trop important est demandé ou depuis trop longtemps. L'expatriation est un projet familial avant d'être une performance individuelle. L'objectif n'est pas de prouver qu'on est capable de tout supporter. L'objectif est de trouver un équilibre qui permette à chacun de se sentir suffisamment bien. Parfois, cela implique de ralentir. De demander de l'aide. De revoir certaines attentes. Et parfois même de reconnaître qu'un pays ou un projet ne nous convient plus. Il n'y a pas d'échec à cela. Prendre soin de sa santé mentale en expatriation, c'est aussi prendre soin de son couple, de ses enfants et de l'ensemble de la famille. Et bien souvent, le premier pas consiste simplement à s'autoriser à dire : « C'est difficile en ce moment. » Parce qu'à partir du moment où les mots circulent, quelque chose recommence déjà à bouger.

En conclusion, l'expatriation demande une capacité d'adaptation importante. Elle implique souvent des ajustements, des périodes de déséquilibre, des moments de doute et parfois même des remises en question profondes. Cela fait partie du processus.

Nous aimerions parfois traverser ce changement sans être affectés, comme si notre psychisme devait s'adapter aussi rapidement que nos valises. Mais les choses prennent du temps. Trouver sa place, reconstruire des repères, créer de nouveaux liens ou simplement se sentir chez soi dans un nouveau pays ne se fait pas en quelques semaines.

Il est donc essentiel d'être patient et bienveillant envers soi-même, mais aussi envers les autres membres de la famille qui vivent eux aussi leur propre adaptation. Et lorsque la fatigue, le stress ou le sentiment d'épuisement deviennent trop présents ou durent trop longtemps, demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse. Au contraire, c'est souvent une manière de prendre soin de soi, de son couple, de ses enfants et de permettre à chacun de retrouver un équilibre plus serein.

Vie quotidienne
Partagez cet article
Elodie Seng
À propos de l'auteur

Praticienne en psychologie d'orientation psychanalytique, Elodie Seng est spécialisée dans l'accompagnement des expatriés, enfants comme adultes. Son accompagnement repose sur une approche intégrative, c'est-à-dire qu'elle adapte ses outils et références thérapeutiques en fonction de chaque personne. Cette méthode lui permet de mobiliser différentes approches afin de proposer un espace sur mesure, centré sur les besoins de chaque personne, son rythme et sa singularité dans un cadre confidentiel et bienveillant.

Commentaires

Continuez votre lecture

Rejoignez la communauté

Recevez régulièrement des conseils pour mieux vivre votre expatriation

Découvrez les derniers guides pays