
Depuis plus d'un an, Nicolas Tarik a quitté sa France natale pour s'installer à Maurice. Il a pu y découvrir une nouvelle culture musicale, une nouvelle façon de vivre et de penser, et de fait une nouvelle vision de la musique. Grâce à toutes ces influences apportée par l'île, il commence à se faire connaître ici, et nous racontre son expatriation.
Vous vivez à l'Ile Maurice depuis un peu plus d'un anÌýmaintenant : c'est votre première expatriationÌý?
J'ai fait une partie de mes études en Allemagne. Mais c'est la première fois que je m'installe au-delà des frontières européennes.
Qu'avez-vous découvert en arrivant à l'Ile MauriceÌý?
Dans les premiers joursÌý? Une explosion de sensationsÌý! Les couleurs sont plus vives. Les goûts sont plus forts aussiÌý: les plats mauriciens sont souvent très pimentés, on se laisse surprendre parfoisÌý! On est un peu ébloui, c'est comme s'il fallait quelques temps au tout début pour s'adapter à la lumière.
Justement, ça n'a pas été trop difficile de s'adapter ?
C'est sûrÌý: on est parfois un peu perdu au départ. Il y a pas mal de démarches à faire. Même si j'ai pas mal bougé ces dernières années en France (à Lyon, Strasbourg, Paris et à Blois), le déménagement à l'autre bout du monde, c'est un peu différentÌý! Après quelques temps, on s'habitue, on découvre une nature généreuse, des langues qui sont très diverses. Il y a un métissage rare ici entre les cultures des continents. On commence à regarder et à décrypter le monde autour de soi. C'est une aventure passionnante.
Vous avez peut-être eu recours à des sites comme Ìý?
OuiÌý! Et c'est vrai en plusÌý! On fait rapidement des rencontres, notamment grâce à des sites comme le vôtre. Un ami m'a dit un jourÌý: «ÌýUn musicien n'est jamais seulÌý». Ca s'applique pleinement à mon expérience à l'Ile Maurice. Globalement, l'accueil a été excellent.
Qui avez-vous rencontré musicalement ?
En premier, j'ai rencontré Chris Arles. On était chez lui à Flacq, il m'a ditÌý: «Ìýpourquoi tu ne fais pas une chanson sur tes premières impressions à MauriceÌý? ». J'ai écrit Une autre, c'est l'Ile Maurice. Ensuite, il y a eu l'idée de faire un album (Les insomnies de Nicolas Tarik qui sort en décembre), avec ce titre et d'autres que j'avais écrits depuis l'année précédente. Et c'est Chris qui en a assuré la réalisation. J'ai eu aussi la chance de travailler sur l'album avec The Clarisse Sisters qui ont une solide expérience internationale en tant que choristes. Leur professionnalisme est un véritable modèle pour moi.
Le fait d'être à Maurice a-t-il influencé votre musiqueÌý?
En arrivant, j'ai pris le temps de me baigner dans les rythmes d'ici. Les rythmiques ternaires sont omniprésentesÌý: c'est vrai dans le séga, mais aussi dans de nombreuses musiques indiennes. C'est parfois déstabilisant pour des oreilles européennes comme les miennes de se plonger dans cette musique. Même si j'avais travaillé en France avec des musiciens d'Afrique de l'ouest, il m'a fallu du temps pour m'imprégner de cette nouvelle culture musicale. C'est très important pour moi de faire ce travail, c'est un véritable moteur. Sur scène, je suis accompagné de Dany Aukhaj, qui est un jeune percussionniste très prometteur. J'ai joué aussi avec Subhash Dhunoochand (de Tablatronic) quand j'étais à la Réunion. Ils jouent tous les deux des tablas, cela amène une couleur indienne dans mon répertoire chanson française.
Comment peut-on définir votre styleÌý?
Je fais de la chanson chaloupée. Les textes de la chanson sous-tendus par des rythmiques world… Je crois que cela résume assez mon univers musical. Les musiques du monde sont une source inépuisable d'inspiration. Sur l'album, il y a La Morna de l'exil, une chanson influencée par la morna capverdienne, un reggae plutôt jazzy qui célèbre mon amour pour l'Ile Maurice (Une autre, c'est l'Ile Maurice) et Mal armé, qui est un slam chanté sur un rythme séga. La Nuit j'ai pas sommeil s'inscrit plus dans la tradition de la chanson française. Ca sonne plus manouche et il y a une forme de gouaille qui peut faire penser à Lyon, ma ville d'origine.
Vous avez pu aussi rencontrer d'autres artistesÌýmauriciens ?
Oui, il y a énormément de talents à Maurice, et dans tous les stylesÌý! J'ai eu la chance de rencontrer des poètes tels que Menwar, ou encore Daniella Bastien. Daniella a pu m'apporter son concours pour orthographier les passages de mes chansons écrits en créole. Ce sont de belles rencontres. J'essaie d'être présent au maximum dans les concerts dès qu'il y a de la création. Je crois qu'il faut apporter du soutien aux créateurs et aux créatrices. C'est une passion, mais c'est aussi énormément de travail. Ils méritent qu'on soit là pour les encourager.
Que pensez-vous du public mauricienÌý? Ce n'est pas trop difficile de vous faire connaître avec un répertoire venu d'ailleursÌý?
D'un côté, c'est vrai que je peux apparaître un peu comme un ovni iciÌý! En même temps, beaucoup de mauriciens connaissent très bien la chanson françaiseÌý: Brel, Aznavour, Nougaro, etc. Et des artistes comme Cabrel, Voulzy ou Souchon font salle comble quand ils viennent ici. C'est un public qui regarde à 360 degrés.
On vous laisse le mot de la fin. En un mot, votre expatriation à Maurice est…Ìý?
Impossible de répondreÌý! Mon séjour à Maurice vient seulement de débuter. Après un an de découvertes, c'est une année d'approfondissement qui commence. Mais s'il devait y avoir une phrase, ce serait «ÌýCe n'était qu'un débutÌý». C'est le titre de ma dernière chanson.
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