Changement climatique : quand l'Europe surchauffe
En Europe, les jours passent et se ressemblent. Depuis fin mai, un dôme de chaleur a élu domicile sur le Vieux Continent. Résultat : des températures nettement supérieures à la moyenne, avec plusieurs vagues caniculaires qui frappent les pays européens. Les conséquences humaines et matérielles sont importantes. Hausse de la mortalité, dégradation des conditions de vie, troubles engendrés par le stress et la fatigue. Sans compter les déformations de routes, les surchauffes d'appareils… et les incendies. Des incendies en partie causés par la négligence humaine (mégots de cigarette jetés dans la nature, barbecue allumé en zone sensible) ou la pyromanie. L'OMS alerte : les feux de forêt deviennent « plus fréquents et plus intenses » en Europe.
En Europe comme dans le reste du monde, le changement climatique se manifeste principalement par une hausse des températures et des phénomènes climatiques extrêmes : inondations, incendies, séismes, sécheresse, pénuries d'eau… Ce changement climatique, notamment les vagues de chaleur à répétition qui frappent l'Europe, menacent directement l'industrie européenne. Les entreprises tournent au ralenti, à mesure que les températures augmentent. Les salariés locaux et étrangers doivent supporter des conditions de travail plus difficiles. On pense notamment aux travailleurs dont le poste est naturellement exposé à la chaleur (travail physique, en extérieur, sur les chantiers, dans les usines, les sidérurgies, les restaurants, etc.), aux personnels de santé et, bien sûr, aux pompiers, qui subissent également les effets de la chaleur.
Chez Fluffy2560, expatrié en Hongrie, la climatisation permet de supporter quelque peu la hausse du thermomètre. Il ne l'utilise cependant que si « la température dépasse les 27 °C environ ». Pour se rafraîchir au quotidien, il « baisse les stores et utilise des ventilateurs de plafond. » Et le solaire ? « Nous n'avons pas d'installation solaire », explique l'expatrié « mais j'aimerais en faire poser une. Le bâtiment n'est pas conçu pour cela à l'origine, mais je pense que ce serait réalisable ; il a surtout été construit pour conserver la chaleur. »
Le travailleur expatrié pointe néanmoins un problème qui l'inquiète plus que la chaleur : l'eau. « Je pense que nous allons connaître d'énormes pénuries d'eau. Regardez ce qui se passe actuellement avec le lac Velence : il est en train de s'assécher. […] » L'assèchement du lac de Valence est en effet perçu comme un symbole de la « crise de l'eau » en Hongrie. Cette sécheresse impacte lourdement les professionnels de la pêche et du tourisme. Une situation qui risque de s'aggraver, à mesure que la sécheresse s'installe, annoncent les experts.
Comment les ±ð³æ±è²¹³Ù°ù¾±Ã©²õ peuvent-ils s'adapter ? Certains, comme Cynic, qui vit au Royaume-Uni, ont pris de bonnes décisions par le passé ; décisions qui contribuent « à atténuer l'impact du changement climatique » : utilisation d'une voiture électrique, isolation du logement, double vitrage. « Nous avons fait poser des panneaux solaires sur le toit, couplés à des batteries de stockage pour en optimiser le rendement, puis nous avons installé la climatisation. » précise Cynic. Résultats : « aucun frais pour l'électricité et 15 £ pour le gaz (eau chaude) » malgré une climatisation fonctionnant « 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 lors des récentes vagues de chaleur », et des économies supplémentaires à la clé, par la revente du « surplus d'électricité au fournisseur d'énergie ».
Si Fluffy2560 reconnaît qu'il n'y a actuellement « pas de pénurie d'eau » dans sa région, « certaines zones sont plus touchées que d'autres. », il préfère se montrer prudent : « J'envisage toujours d'installer une cuve enterrée de 10 000 litres pour récupérer l'eau de pluie, principalement pour arroser le jardin et le potager. Nous l'utiliserions beaucoup entre mai et octobre environ. Elle servirait davantage de réserve de secours que de source d'approvisionnement directe. » L'expatrié constate la profonde modification du climat hongrois : « Avant, nous avions de véritables déluges ; aujourd'hui, on a tout juste droit à un semblant d'orage sans qu'il ne se passe rien, et il fait une chaleur étouffante en permanence. »
Canicule au travail : que font les pays européens ?
Le réchauffement climatique pèse sur les corps et le moral des professionnels locaux et étrangers. Car travailler par temps de canicule peut avoir des conséquences mortelles. Selon l'Organisation internationale du Travail, 19 000 travailleurs dans le monde meurent chaque année à cause d'une surexposition à la chaleur sur leur lieu de travail. D'après l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, « un travailleur sur cinq » dans l'Union européenne (UE) est exposé à « des températures élevées sur son lieu de travail ».
Lancer le télétravail à plein temps pour les professionnels étrangers
Pour préserver la santé de ses salariés, un certain nombre d'entreprises européennes a relancé le télétravail à plein temps. Mais cette solution n'est possible que pour les secteurs où le travail à distance peut se faire. Impossible de déployer le télétravail pour les professions médicales, le secteur de la restauration, du bâtiment, et dans toutes les activités qui requièrent une présence physique.
Instaurer un « seuil de température » dans le Code du travail
En Allemagne, les travailleurs locaux et étrangers doivent bénéficier de mesures adaptées selon le « seuil de température ». Trois paliers sont retenus : 26, 30 et 35 degrés. Lorsque la chaleur monte, les entreprises sont tenues d'aménager les horaires et les conditions de travail de leurs salariés : améliorer la ventilation, aménager les horaires. En cas de chaleur extrême, le travail peut être suspendu.
Ancien expat en Allemagne, Tom (désormais naturalisé) rappelle que l'Allemagne « est connue pour l'absence de climatisation, car on n'en a jamais vraiment eu besoin par le passé ». Il souligne également le problème écologique de cette solution : « Ce système consomme beaucoup d'électricité [...] ». Nombre de bâtiments anciens ne peuvent pas le supporter. À contrario, les volets roulants sont « très courants en Allemagne ». Tom adopte les bonnes pratiques pour gagner un peu de fraîcheur dans son logement : « Nous baissons les volets aux heures où le soleil tape directement sur les vitres et nous ouvrons tout en grand la nuit pour rafraîchir l'intérieur. Nous avons aussi quelques ventilateurs ». Des solutions qui lui permettent de se passer de la climatisation. Mais si son logement dispose d'une « isolation correcte », il rappelle que « les bâtiments mal isolés et dépourvus de volets poseront problème. » Pour lui, « une bonne isolation est utile aussi bien par temps froid que par temps chaud ; elle devrait constituer la première ligne de défense. »
Mettre en place un chômage technique en cas de canicule
L'Italie propose une variante de l'exemple allemand : lorsque la température dépasse les 35°, les travailleurs sont mis au chômage technique. La mesure, validée en 2025, permet donc aux salariés d'être indemnisés pour les heures non travaillées. De plus, dans certaines régions du pays, l'accord va de pair avec une adaptation des horaires de travail. L'activité professionnelle est interdite aux heures les plus chaudes de la journée (entre 12h30 et 16h). Cette mesure est principalement appliquée aux salariés travaillant dans les secteurs fortement exposés à la chaleur (industrie, agriculture, construction, logistique…).
Instaurer un congé climatique
Et si le rafraîchissement tant attendu passait par les congés ? Les débats autour du congé climatique reprennent dans toute l'Europe. L'Espagne fait ici office de modèle : en novembre 2024, le pays instaure un congé payé climatique en cas « d'alerte météorologique ». La mesure a été prise à la suite des inondations meurtrières dans le sud-est espagnol. Lors des inondations, quelques entreprises avaient recommandé à leurs employés de rester en activité malgré l'état d'alerte. Cette réaction, largement critiquée, a été prise en compte lors de la réflexion sur le congé climatique. En pratique, les salariés bénéficieraient de 4 jours de congés payés par an, en cas d'alerte météo.
En France, les vagues de chaleur successives relancent l'idée d'un congé climatique… avec plus ou moins d'enthousiasme selon les tendances politiques. À gauche, les écologistes rappellent qu'ils n'ont pas attendu la canicule pour approuver ce nouveau congé. Au contraire, à droite, des voix préconisent de travailler toujours plus, afin de limiter l'impact négatif de la canicule sur l'économie.
Travailler en Europe malgré le changement climatique : à quoi s'attendre ?
Le droit européen du travail doit-il évoluer ? Pour les partisans du congé climatique, la réponse est oui. La composante climatique doit s'intégrer dans le droit du travail, car les travailleurs sont impactés par le changement climatique.
La Coupe du monde 2026 et ses désormais célèbres « pauses fraîcheur » ont d'ailleurs inspiré la Confédération européenne des syndicats (CES) qui recommande à l'UE d'inscrire un « droit à la pause fraîcheur » en cas de forte chaleur. Ce nouveau droit permettrait de bénéficier d'une pause fraîcheur rémunérée, en plus des pauses intégrées dans la journée de travail. Cette pause fraîcheur s'ajouterait aux mesures prises par les entreprises pour améliorer les conditions de travail de leurs salariés en cas de phénomènes météorologiques extrêmes. Dans un premier temps, ces pauses seraient réservées aux professionnels locaux et étrangers les plus exposés à la chaleur.
La CES recommande également à l'UE de mettre fin aux écarts entre les différentes législations des États sur la question des seuils de température extrême au travail. En clair, la Confédération préconise d'instaurer des seuils de température maximaux communs aux pays de l'UE, pour mieux protéger les salariés. Pour l'instant, il n'existe aucune mesure de ce type au niveau européen.