󿧸ӰԺ

Menu
󿧸ӰԺ
Rechercher
Magazine
Rechercher

Rester informé quand on est expat...

Écrit parAsaël Häzaqle 30 Août 2019

Avec Internet et la révolution des réseaux sociaux, on a jamais été aussi connecté. Face à la concurrence de Twitter et des médias en ligne, les journaux papiers se sont mis au 3.0. Pour les expatriés, c’est l’occasion de rester connecté avec son ancien pays de résidence. Mais, lorsque l’on vit loin de son pays, quel rapport entretenir avec des informations qui, elles aussi, deviennent lointaines ? Se met-on à suivre l’ٳܲé de son pays d’accueil ? Ou arrête-t-on de suivre l’ٳܲé ? Nous avons demandé à quatre expatriés.

Loin des yeux loin du coeur ?

Sara a 35 ans. Originaire de Suède, le jeune femme a tout quitté pour vivre l'aventure japonaise. Cette grande passionnée de voyages voulait se lancer un nouveau défi. C'était sans compter sur la magie nippone, qui lui a fait déposer ses bagages. “C'était il y a dix ans. Un travail, un mariage, et trois enfants plus tard, je n'ai plus vraiment le temps de me poser devant les informations...”

Sara se souvient que c'est, notamment, via les programmes TV, qu'elle s'est familiarisée avec la prononciation japonaise. “Je regardais tout. Même les choses un peu compliquées pour moi, comme le journal. Au fur et à mesure que je progressais, je m'intéressais de plus en plus aux infos, et à la presse écrite : Asashi shimbun, Nikkei, Yomiuri... Les dernières élections sénatoriales de juillet 2019 ont été particulièrement riches en rebondissements. J'avais l'impression d'être sur un ring de boxe “pour ou contre la nouvelle loi immigration du gouvernement”?”.

Désormais, Sara s'inquiète plus pour l'économie japonaise que pour celle de son pays. Comme on dit “loin des yeux, loin du coeur”. Je suis complètement déconnectée de l'ٳܲé suédoise. Je n'ai aucune excuse, car je pourrais lire les journaux sur Internet. Mais je n'ai plus le temps. Ou, plutôt : j'ai ma vie ici, au Japon. Je ne sais plus quand ça a commencé, mais j'ai réalisé que je savais de moins en moins ce qu'il se passait dans mon propre pays. Au début, j'ai un peu culpabilisé. Ensuite, je me suis dit “au moins, tu suis l'actu internationale, ça passe”. Maintenant, je fais avec. Je m'éloigne également doucement des news japonaises : je suis les évènements principaux, comme les dernières éléctions, mais pour le reste, je passe à côté. Je viens d'être mère pour la troisième fois. Je suis plus occupée par le manque de places en crèche et la lutte pour l'émancipation des femmes que par les luttes politiciennes. Quoique mon militantisme est aussi une forme d'action politique.”

Pour Steve aussi, c'est “loin des yeux, loin du coeur”. Loin de l'ٳܲé des Etats-Unis, son pays d'origine, mais aussi, de celle du Japon. Steve est catégorique : “les journaux nous manipulent. La presse écrite roule pour le gouverment. C'est pareil dans tous les pays.”

Quant aux réseaux sociaux, son constat est plus sévère encore : “c'est l'enfer. Il y a tout et n'importe quoi, et surtout n'importe quoi.”

Steve a quitté les Etats-Unis il y a plus de trente ans, par amour. “Quelle erreur !” Un divorce et mille contrariétés plus tard, il retrouve l'amour et goûte à sa nouvelle vie. Il aime se réunir avec ses amis expatriés pour parler de tout et de rien. “Les sujets politiques reviennent très souvent. Il faut dire qu'avec le président qu'on a... Je m'embrouille avec ceux qui le soutiennent, je râle, je crie. On ne fait pas tout ça au Japon, ou plutôt, c'est rare. La politique, on en parle avec ses amis très proches, alors que les Occidentaux sont plus libres, il me semble. C'est rafraichissant.”

Steve reste au courant de l'ٳܲé grâce à ces échanges avec les expatriés. Mais, de lui-même, il ne s'approche plus de la presse. Pas même pour confirmer les dires de ses amis. “C'est peut-être contradictoire, mais c'est comme ça. Je fuis la presse politique. Par contre, je lis beaucoup de magazines et de webzines. Tout ce qui parle de la vie des gens, du quotidien, ça m'intéresse. Les médias politiques ont oublié l'essentiel : nous, les gens, les humains.”

Garder le lien ?

Jeune chercheuse française de 28 ans, Ornela reste connectée en permanence avec l'ٳܲé française. “Le mouvement des gilets jaunes fascine autant qu'il interroge, ici. Les Japonais ne manifestent pas - ou alors, à de très hypothétiques et rares occasions, et après s'être dûment enregistré auprès du commissariat de police. 

Pour Ornela, impensable de faire l'impasse sur les news françaises. “En général, je mange devant Francetvinfo. Avant que nous habitions ensemble, mon petit-ami avait l'habitude de manger devant des vidéos YouTube humoristiques. Je l'ai converti.”

Mais Ornela ne s'intéresse pas aux informations françaises par défaut. Elle avait l'habitude de suivre les débats politiques et de lire la presse française. Elle a conservé cette habitude au Japon. Ornela la voit comme une façon de garder le lien avec la France. “J'étais à Tokyo, lors des élections présidentielles de 2017. J'ai foncé à l'Ambassade pour aller voter. Lorsque je suis arrivée, une queue de plusieurs mètres s'étendait jusqu'au bout de la rue. Moi qui déteste attendre, j'étais heureuse et soulagée d'avoir à patienter : les gens se sont mobilisés. J'ai même eu l'impression que nous nous sentions encore plus concernés. Marine le Pen présidente ? Hors de question. J'ai suivi tous les débats politiques; l'absention qui bat des nouveaux records, les expatriés plus mobilisés que les ç vivant sur le territoire...”

Ce dernier point n'étonne pas Ornela. D'autres expatriés partagent sa vision : être à l'étranger décuplerait le sentiment d'appartenance à son pays d'origine. Voter devient, plus que jamais, un acte politique fort. Le symbole de son attachement à sa patrie.

Et les informations japonaises ? Ornela reconnaît les suivre de loin. Si elle objectait, au début, son niveau moyen en japonais, elle admet aujourd'hui n'être pas très impliquée, sans trouver de raison. “Lorsque je demande à mon petit-ami (japonais) de me parler de ce qu'il se passe, il hausse les épaules. Il trouve ça nul et chiant. Il rouspète contre les candidats qui hurlent dans leur mégaphones. On ne parle pas beaucoup de politique à deux. Mais, bizarrement, les infos françaises l'amusent. Il trouve que nous sommes “passionnés””.  

“Passionné”. C'est le mot qu'emploie Richard pour parler de sa relation avec l'ٳܲé de son pays d'origine, l'Australie. Richard met en avant sa curiosité, et, peut-être “son petit côté militant”. Il dévore l'ٳܲé, surtout politique, se passionne pour les informations internationales, commence à s'intéresser aux news japonaises. “De loin, on a l'impression que les Japonais ne s'intéressent pas à la politique, mais c'est faux. Ils n'en parlent pas en poussant de grands cris comme nous, c'est tout.” Richard s'intéresse également à la sociologie : “l'étude de l'humain me fascine”. Pour rester au fait de l'ٳܲé, le jeune trentenaire surfe sur Internet, s'abonne aux applis journalistiques. “Bien sûr, je ne crois pas tout ce que raconte la presse. D'ailleurs, les journaux eux-mêmes sont un objet d'étude.

Richard soutient qu'il est important de rester informé. Peut-être encore plus pour l'expatrié, qui peut ressentir un certain déracinement. Bien plus : connaître l'actu de son pays d'origine tout en s'intéressant à celle de son pays de coeur relève presque, pour Richard, de la sagesse philosophique. “J'ai l'impression de mieux comprendre les choses. La façon dont l'info est relayée en Australie. La façon dont elle est traitée au Japon. On apprend beaucoup, et on prend du recul sur notre propre façon de penser”.

Pas toujours facile de vivre son expatriation au quotidien. Pas toujours simple de cerner la nébuleuse médiatique. Entre les “pro” et les “anti”, certains tentent la voie médiane : s'informer, mais en considérant l'objet médiatique comme un sujet d'étude. D'autres - ils sont nombreux - pris par l'urgence du quotidien, vivent leur vie au Japon comme ils le feraient dans leur pays d'origine : en suivant les informations principales.

Vie quotidienne
ٳܲé
A propos de

Rédactrice web spécialisée en ٳܲé politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d’expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d’expatrié : choix du visa, études, recherche d’emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d’un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

Commentaires

  • DUPRE Bernard
    DUPRE Bernardil y a 6 ans(Ѵǻ徱ھé)
    MERCI etbravo continuez de donner des Infos BD