
Vivre à l'étranger n'a jamais été une étape facile, mais la pandémie est venue compliquer davantage les choses, particulièrement pour les conjoints suiveurs. Pour les aider, voici les conseils de Chahrazade, maman de deux enfants, expatriée en Californie depuis 2018 et entrepreneuse passionnée.
Pendant que l'un des conjoints s'en tire avec une journée de travail plus ou moins normale, l'autre, débordée par ses tâches ménagères, mais surtout loin des proches et amis, et compte tenu des restrictions sanitaires qui sont en place, arrive à peine à s'en sortir. Ce genre de situation, Chahrazade aurait aussi pu la connaître, mais elle en a choisi autrement. Pour elle, conjoint suiveur est un terme « dévalorisant et réducteur ». « Par définition, le terme de « conjoint suiveur » désigne celui qui suit. 9 fois sur 10, ce statut repose sur l'épouse qui suit son conjoint dans un nouveau pays (Source : Frenchexpatpodcast.com). Je n'ai jamais vraiment apprécié utiliser ce terme ».
Elle nous explique que dans son cas, elle a accepté d'accompagner son mari lorsqu'il a eu une proposition de travail à l'étranger, mais la décision de s'expatrier était un projet commun. « Je ne me considère pas « conjoint suiveur », mais plutôt « conjoint coopérateur » dans le sens où cette expatriation ne serait pas possible sans l'aide et la coopération du conjoint ». Selon elle, éviter d'utiliser cette étiquette de « suiveur » permettrait aux femmes de se redéfinir lors de cette expatriation, non pas en tant que « femme de », mais en profitant de cette nouvelle expérience pour se réinventer et/ou entreprendre. Après quelques mois de remise en question, elle a choisi de profiter de cette expatriation pour se réinventer et entreprendre avec et .Ìý
Avec la fermeture des frontières et les restrictions de voyages, la pandémie a apporté son lot d'inquiétudes auprès des ¹ó°ù²¹²Ôç²¹¾±²õ vivant à l'étranger. « La frustration de ne pas pouvoir rentrer en France auprès de ses proches s'additionne aux difficultés liées à la fermeture des écoles. Cette situation sanitaire a été difficile à vivre pour de nombreux expatriés. L'impact de la pandémie sur les conjoints suiveurs variera en fonction de leurs situations (enfants à la maison ? télétravail ? pays ?) ». Mais selon Chahrazade, malgré les difficultés rencontrées (fermeture des écoles et des frontières), les restrictions liées à cette crise ont apporté quelques avantages. « Grâce à ses déplacements professionnels à l'étranger annulés et la mise en place du télétravail, mon mari est présent au quotidien dans l'organisation familiale. Nous avons retrouvé un réel équilibre travail/famille. J'ai eu beaucoup plus de temps à consacrer à mes différents projets qu'avant la crise sanitaire ».
Malheureusement, cela n'a pas été le cas pour tous les conjoints suiveurs. Les défis ont été nombreux et accentués par la pandémie. La première difficulté qu'ont rencontrée les conjoints suiveurs lors de cette crise sanitaire, selon notre interlocutrice, a été la fermeture des écoles, crèches, collèges et lycées. « Il a fallu s'adapter (de nouveau) à une nouvelle organisation, avec des enfants à la maison. Cette situation est difficile à vivre, notamment pour les conjoints suiveurs qui travaillent et qui doivent souvent mettre de côté leur activité. Par ailleurs, les conjoints suiveurs sont malheureusement confrontés à la difficulté du marché de l'emploi. Retrouver un travail dans un nouveau pays, avec des exigences de diplômes différents, est un vrai casse-tête. En plus, la crise sanitaire n'a pas aidé ces femmes qui pour la plupart ont dû faire école à la maison ».
« Compte tenu de la durée des contrats d'expatriation et des différents déménagements, les conjoints suiveurs doivent sans cesse se réadapter à un nouvel environnement. Ces déménagements rendent difficiles une carrière professionnelle classique. Enfin, les contraintes administratives liées aux différents visas ne permettent pas toujours au conjoint suiveur de travailler. Ces conjoints suiveurs peuvent alors proposer leurs services en tant que bénévoles/volontaires, même si la crise sanitaire a rendu difficile l'accès à ces postes », poursuit-elle.
Il n'empêche qu'un bon encadrement familial peut aider les conjoints suiveurs à sortir de cette situation infernale et reprendre, petit à petit, une vie normale. Mais comment est-ce possible ? Le premier défi des conjoints suiveurs, selon Chahrazade, repose sur la reprise d'une activité professionnelle dans leur nouveau pays. « Certaines entreprises proposent des services d'accompagnement pour les conjoints suiveurs (bilan de compétences, aide à la recherche d'emploi, etc...). Si un tel service n'existe pas, le conjoint suiveur devra faire ce travail seul ».
Certains expatriés choisissent de prendre le chemin de l'entrepreneuriat. « En effet, en créant leur propre entreprise, ils/elles peuvent garder leur activité tout en changeant de pays. Par exemple, dans mon blog Une Expat Mompreneur, j'aide les mamans expatriées à se lancer dans l'entrepreneuriat. Cela peut se faire avec le lancement d'une boutique en ligne, la création d'un blog ou en proposant des services en freelance. Toutes ces activités sont « nomades », c'est-à -dire qu'elles peuvent être gérées de n'importe où ».
Il faut toutefois reconnaître que la réussite d'une expatriation ne peut se faire sans le soutien du partenaire, mais aussi du conjoint suiveur. « Il est important d'écouter les besoins de chacun et d'apporter son aide. Je crois qu'il est essentiel d'avoir une discussion avec le partenaire au sujet de l'équilibre vie de famille/travail en amont ou même au cours de l'expatriation. Les partenaires peuvent aider en écoutant les inquiétudes, les peurs et les frustrations du conjoint suiveur, sans critiques ou comparaison. Il est alors primordial que le conjoint suiveur se sente soutenu dans ses démarches de recherche d'emploi, reprise d'études ou création d'entreprise. L'expatriation reste un projet de vie d'une famille ou d'un couple, et le bien-être de tous les membres de la famille doit être une priorité. »
Au cours de l'année écoulée, les restrictions de voyage, ainsi que les confinements, l'incapacité de sortir, de rencontrer de nouvelles personnes ou de rentrer dans leur pays, ont eu un impact considérable sur la santé mentale des conjoints suiveurs. « C'est malheureusement une triste vérité. Les confinements et les fermetures des frontières ont été très difficiles à vivre pour beaucoup d'entre nous. Cette situation a été d'autant plus compliquée pour les personnes venant juste de s'expatrier et qui n'ont pas eu le temps de construire un réseau d'amis ou de visiter leur nouveau pays », nous dira Chahrazade. Elle poursuit que la situation est différente selon le pays où l'on vit et les différentes restrictions.
« Par exemple, aux États-Unis, pour pouvoir rentrer en France, il faut être en mesure de pouvoir retourner aux USA et contourner le Travel Ban (Green Card, Citizenship ou enfants avec passeport américain). Bref, un vrai casse-tête pour beaucoup de familles françaises... Je conseille aux conjoints suiveurs de s'entourer. Cela peut se faire localement, avec des groupes de rencontres (entre mamans, au sport, etc...) ou bien en ligne sur les réseaux sociaux. Depuis un an, j'ai découvert une magnifique communauté d'expatrié(es) sur Instagram, par exemple. Des amitiés se sont même créées et cela fait un bien fou ! Puisque nous sommes toutes dans la même situation et que nous vivons les mêmes difficultés, les échanges sont faciles et on peut faire de belles rencontres (une spéciale dédicace à toutes mes copines expat !) ».



















