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Expatriation : à quoi s'attendre de l'administration Biden en 2022 ?

Joe Biden à la Maison Blanche
BiksuTong / Shutterstock.com
Écrit parAsaël Häzaqle 16 Février 2022

20 janvier 2021-20 janvier 2022. Joe Biden accède au pouvoir, non sans tumultes. Trump conteste les résultats et appelle au soulèvement populaire. Appel entendu par ses partisans. L'invasion du Capitole fracture un État déjà fragilisé. Joe Biden promet de rassembler les Américains. Les défis sont nombreux, tant sur le plan national qu'international. Détricoter la politique Trump, rassembler le peuple, relancer l'économie. Les ambitions de Biden sont grandes. Les oppositions aussi. Pandémie qui dure, inflation record… Quel bilan faire de la première année du président américain ? A quoi doivent s'attendre les expatriés pour 2022 ?

Une économie dynamique…

D'un côté, la reprise économique est bien là, avec plus de 6 millions d'emplois créés en 2021, dont 807 000 rien qu'en décembre (chiffres service aux entreprises ADP). C'est plus du double des prévisions pour l'emploi. 2022 commence sur une nouvelle hausse des recrutements : +467 000 créations d'emploi, alors que les économistes pariaient sur 155 000. En parallèle, le chômage subit une légère hausse, mais n'atteint que 4%, soit, statistiquement, une situation de quasi plein emploi. Des conditions en théorie idéales pour l'expatriation. L'économie américaine est dynamique. Tous les secteurs recrutent ; les transports, la logistique, les loisirs, l'hôtellerie, le commerce de détail, la santé et les services aux entreprises sont particulièrement sous tension. Les métiers innovants, eux, sont toujours à la recherche de talents internationaux. Mais le rêve américain est parasité par l'inflation.

Hausse du taux d'inflation

+7% en 2021. Les États-Unis n'ont pas connu pareille inflation depuis 1982. Les prix flambent, alors que les salaires augmentent, que les recrutements sont massifs, et que le chômage est faible. CNN relativise cependant, et rappelle que la hausse des prix actuelle n'a rien de comparable avec celle observée dans les années 80. De quoi rassurer la population et encourager les candidats à l'expatriation ? C'est sans compter sur la baisse du pouvoir d'achat, conséquence directe de l'inflation. Sur les marchés boursiers, l'inquiétude monte quant à la possible chute durable du dollar, qui impacterait les autres économies du monde. Car les pénuries de main-d'œuvre sont bien là. En parallèle, la « grande démission » a fait les gros titres de la presse nationale et internationale. Plus de 38 millions de personnes ont démissionné en 2021. Et elles n'ont aucun mal à retrouver du travail. Aujourd'hui, ce sont les salariés qui sont en position de force. Seul levier des entreprises : l'augmentation de salaires, pour garder leur main-d'œuvre et attirer de nouveaux profils. Une hausse de salaires qui devrait stimuler la demande et faire marcher l'économie. Mais l'offre ne suit pas. La Covid entraîne des pénuries en cascade : énergie, matières premières, composants, containers pour acheminer la marchandise, transporteurs, camions de livraison… Chaque blocage entraîne des retards, qui se traduisent en coût supplémentaire pour l'entreprise.

Baisse du pouvoir d'achat, perte d'attractivité ?

Qui paie ? Le consommateur, dernier maillon de la chaîne, supporte les conséquences des multiples pénuries. Alors même que les salaires des Américains augmentent, que les confinements les ont contraints à économiser, que les aides du gouvernement ont augmenté leur pouvoir d'achat, l'offre ne suit pas leur demande. Le même schéma s'applique aux candidats à l'expatriation. En novembre dernier, les États-Unis rouvrent leurs frontières. Les projets de voyage mis en pause peuvent reprendre. Mais dans quelles conditions ? Les républicains critiquent les plans de relance Biden, notamment, les chèques délivrés à la population. Les deux premiers ont pourtant été signés par Trump, au plus fort de la crise. Celui de Biden, signé alors que l'économie reprenait, expliquerait, pour les opposants, l'inflation actuelle. Faux, conteste le président : « L'inflation est entièrement due à la chaîne d'approvisionnement ». Une ligne défendue par d'autres économistes, qui remontent aux origines de cette inflation : les pénuries d'énergie. La Covid et les confinements ont fait exploser la demande ; les producteurs n'ont pas suivi, eux-mêmes impactés par la crise. Et même lorsque les sites de production rouvrent pleinement, ils peinent à suivre la demande, et les pénuries s'ajoutent aux pénuries. Les États-Unis resteront-ils attractifs ? Oui, mais il faut éteindre l'incendie. Tous attendent la réponse de la Réserve fédérale des États-Unis (la Fed), tout en redoutant que son action ne freine la reprise économique. Pour le gouvernement Biden, c'est un cercle vicieux.

Covid-19, l'hôte indésirable

Comme si cela ne suffisait pas, la Covid et ses variants continuent de souffler le chaud et le froid sur le monde. Dès son arrivée au pouvoir, Joe Biden signe une cinquantaine de décrets. La majorité concerne la lutte contre le virus et l'annulation des décisions Trump sur le climat (retour dans l'OMS et l'Accord de Paris) et l'immigration (mur de frontière avec le Mexique mis en pause, fin des discriminations pour entrer sur le sol américain). Biden promettait une sortie du tunnel grâce à la vaccination. Bilan le 19 janvier dernier, lors d'une conférence de presse. Le président reste positif, même s'il reconnaît des accidents de parcours, à commencer par la Covid, hôte indésirable. En contradiction avec Trump, Biden a relancé la vaccination. L'essoufflement arrive cependant dès l'été, avec les contre-attaques des conservateurs et des médias relayant les « fake news ». La part des vaccinations complètes stagne aujourd'hui à 64 %. Mais les frontières restent ouvertes. Pour se rendre aux États-Unis, les étrangers doivent être pleinement vaccinés, et présenter un test PCR ou antigénique négatif de moins de 24h. 

Premiers succès, premières oppositions

Retour en mars 2021. Le Congrès adopte l'American Rescue Act, large plan de soutien et de relance économique de 1900 milliards de dollars (1618 milliards d'euros). Hausse des allocations familiales et des allocations-chômage, soutien aux PME… Le plan vise toute la population. C'est le premier succès de l'administration Biden. Autre succès : l'Infrastructure Investment and Jobs Act. Attendu depuis plus de 10 ans, le plan doit moderniser les infrastructures publiques et numériques, tout en intégrant les enjeux environnementaux. Le plan doit aussi permettre de créer des milliers d'emplois, contribuant ainsi au dynamisme économique. En parallèle, les États-Unis encouragent les entreprises à investir et innover. Les succès des groupes américains Pfizer-BioNTech, Johnson&Johnson et Moderna est montré en exemple. Signe que le multiculturalisme à l'américaine paie. À l'instar de Stéphane Bancel, directeur général français de Moderna, et d'Özlem Türeci et Ugur Sahin, co-fondateurs allemands du laboratoire BioNTech aujourd'hui associé à l'américain Pfizer, les États-Unis ouvrent grand leurs portes aux talents étrangers internationaux.

Mais l'opposition trouve la politique de relance trop généreuse. Aucun républicain ne signe l'American Rescue Act. Quelques-uns votent le plan infrastructures, finalement moins ambitieux que prévu : 1 milliard de dollars (près de 874 millions d'euros), au lieu des 2,3 milliards (2 milliards d'euros) attendus par Biden, et aucune grande mesure environnementale. Le président reconnaît n'avoir pas « anticipé […] un tel effort d'obstruction […] de la part de l'opposition ». Malmené par les conservateurs, il l'est aussi par son propre camp. Son Build Back Better (« reconstruire en mieux ») est retoqué par de deux sénateurs démocrates : Kyrsten Sinema, sénatrice de l'Arizona, et Joe Manchin, sénateur en Virginie-Occidentale. Les républicains jubilent. Les démocrates se divisent. Sinema et Manchin récidivent et refusent de voter un texte capital sur le droit de vote. Inflation, Covid, désunion des démocrates : c'est la panique dans le camp Biden. Les « mid-terms », élections de mi-mandat, ont lieu en novembre prochain. Joe Biden doit conserver sa majorité s'il veut faire passer ses réformes.

Tensions à l'international

À l'international, le président marque par sa sagesse et fait oublier la vague Trump, particulièrement active sur les réseaux sociaux. C'est le retour à une communication ordinaire, n'en déplaise aux médias avides de sensationnel. Les interlocuteurs étrangers saluent ce retour au calme, qui laisse présager des échanges plus pacifiés. C'est oublier que « l'America first » prévaut, même pour Biden. Confère l'affaire des sous-marins, qui provoque l'ire française, sans aller cependant jusqu'à briser les relations entre les États-Unis et la France. Les expatriés, eux, ne ressentent pas l'impact de ces tractations diplomatiques dans leur quotidien. Tout au plus l'attitude des ¹ó°ù²¹²Ôç²¹¾±²õ a-t-elle été l'objet de longues analyses par les médias américains.

Les analyses sont bien plus vives concernant le retrait des troupes américaines d'Afghanistan. Si les Américains soutiennent la décision du président, ils regrettent la forme, le chaos. Les Afghans, eux, se disent abandonnés par les États-Unis et la communauté internationale. 2021 est aussi l'année du bras de fer avec la Russie. Au cœur des tensions : l'Ukraine. L'administration Biden multiplie les avertissements contre la puissance russe, avec le soutien des alliés européens. Mais le 10 février dernier, Joe Biden a appelé les expatriés américains à quitter l'Ukraine « maintenant ». Malgré les tractations diplomatiques, une guerre peut éclater à tout instant.

Quelle vision pour 2022 ?

Chaque président porte un « projet signature ». Pour Joe Biden, c'est le Build Back Better. D'où l'urgence, pour le camp démocrate, de se ressouder. Le président prévoit un budget 2022 de près de 6000 milliards de dollars. « Là où nous choisissons d'investir témoigne de ce que nous valorisons en tant que nation. » L'American Jobs Plan, plan pour l'emploi de 2,3 milliards de dollars (2 milliards d'euros), et l'American Families Plan (plan pour les familles) de 1,8 milliard de dollars (un peu plus d'1,5 milliard d'euros) soutiendront les classes moyennes et les plus précaires. « Notre prospérité vient des personnes qui se lèvent chaque jour, travaillent dur, élèvent leur famille, paient leurs impôts, servent leur Nation et font du bénévolat dans leurs communautés […] », martèle Joe Biden. Le président n'oublie pas les entreprises. Il soutiendra les plus fragiles et accentuera le contrôle des grands groupes. Biden souhaite annuler une autre mesure trumpiste, qui avait baissé l'impôt sur les sociétés. Le président entend le ramener à son taux initial (28%). 2022 sera l'année de la protection des classes moyennes, de la lutte contre les discriminations, du soutien aux entreprises, de la modernisation, de la lutte contre l'évasion fiscale, et pour l'aile gauche démocrate, du grand renouveau environnemental.

Une nouvelle année de défis, pour Joe Biden, qui devra composer avec l'inflation et la Covid. Le président américain tiendra le traditionnel discours de politique général le 1er mars prochain, devant le Congrès. Le président entend bien faire aboutir ses réformes. « Nous devons saisir le moment pour réinventer et reconstruire une nouvelle économie américaine qui investit dans la promesse et le potentiel de chaque Américain ».

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A propos de

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d’expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d’expatrié : choix du visa, études, recherche d’emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d’un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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