Bonjour à tou-te-s/as-salam alaykoum,
Installé à Annaba depuis le 1/1/2012, et faisant régulièrement des aller-retours entre l'´¡±ô²µÃ©°ù¾±±ð et la Belgique depuis le 1/1/2011, j'ai depuis lors eu l'occasion de vivre et expérimenter pas mal de moments et incidents en tous genres.
1) À l'envers de la carte postale, donc, et malgré de solides malléabilité et adaptabilité dues à ma formation en anthropologie culturelle, il faut admettre que le peuple algérien est quelque peu "tête dure".
L'histoire pourrait expliquer partiellement cette mentalité, la fierté de ce peuple d'avoir accédé à son émancipation à la faveur d'une révolution nationale, dont les plaies restent, selon mes observations, encore ouvertes, n'étant bien évidemment pas étrangère à cela.
Cependant, de la fierté nationale au nationalisme, il n'y a parfois qu'un pas. J'ai de mon côté l'avantage de paraître plus Kabyle que Congolais ...
Aussi, il est bon de savoir que, malgré un accueil chaleureux qui me fut fait, en grande partie, me semble-t-il, en raison de ma conversion à l'Islam, l'expatrié que je suis éprouve encore parfois du mal à démêler ce qui tient du registre religieux et ce qui tient du registre "traditionnel", dirons-nous.
L'un et l'autre s'enchevêtrant pour donner de sérieux malentendus et même, à la limite, des abus.
C'est donc armé d'une connaissance assez pointue de leurs différences qu'il vaut mieux venir ici en tant qu'à la fois étranger de nationalité mais intégré au plan religieux, pour éviter lesdits malentendus.
À ce titre, dans les démarches de reconnaissance de mon mariage, il me fut, par exemple, demandé de refaire ma chââda (profession de foi musulmane) en droit canon algérien, pour la soumettre à approbation du ministère des affaires religieuses, alors qu'un document officiel de la mosquée de Liège où je l'avais faite publiquement plusieurs années auparavant, et qui m'avait été remis en prévision de mon pèlerinage à la ville sainte de Mecca, ne suffisait pas aux autorités algériennes.
Le procédé m'apparut quelque peu vexatoire... et même carrément déplacé.
2) Au plan de la nationalité, toujours, excessivement jaloux de leur identité, qui confine presqu'au culte des martyrs, dont les descendants bénéficient plus qu'à suffisance de largesses, il est impossible d'obtenir la nationalité algérienne sans pouvoir faire la preuve d'une ascendance de sang (ius sangui) sur minimum deux générations consécutives.
Ni mon épouse (de mère égyptienne et de père palestinien), malgré le fait qu'elle soit née en ´¡±ô²µÃ©°ù¾±±ð, y ait fait ses études et y travaille ; ni moi (de père français et de mère italienne) ; ne pouvons espérer obtenir cette nationalité, donc, tant que la loi ne changera pas en faveur des étrangers.
Or, le fait d'avoir la nationalité algérienne confère de nets avantages sur le plan administratif, à commencer par l'accès au territoire (plus besoin de visa), à l'emploi ou aux échanges commerciaux et au logement. Ainsi, accessoirement, qu'à un "emprunt" bancaire (normalement sans usure)...
Al hamdou lil Llah, nous vivons plutôt bien, mais devoir assurer, à l'approche de la quarantaine, avec quatre enfants à charge, l'achat d'un bien immobilier d'un montant équivalent à ceux pratiqués en Europe, sans possibilité d'emprunt, et sur une durée de quatre ans, cela relève de l'exploit !
3) Autre point noir à souligner : le non-respect des normes d'hygiène dans l'horeca (hôtel-restaurants-cafés).
Si les meilleures chaînes hôtelières se trouvent sur la territoire algérien (Hilton, Sheraton, Golden Tulip, etc.), elles côtoient malheureusement ce qui se fait de pire en matière de restauration.
À chacun/e, bien évidemment, d'évaluer les limites qu'il/elle est prêt/e à s'imposer, mais je ne risque pas d'oublier de si tôt la diarrhée, qui aurait pu tourner à la dysenterie, dont je fus victime lors de mon troisième séjour ici, et vraisemblablement dû à une intoxication alimentaire sévère.
Jamais je n'avais connu de tels symptômes auparavant, en dépit d'une constitution physique et digestive presqu'à toutes épreuves.
4) La conduite automobile des ´¡±ô²µÃ©°ù¾±±ðns est dangereuse, voire très dangereuse. Les chiffres l'attestent, qui rangent ce pays à la seconde place (si je ne m'abuse) des pays au monde avec le plus d'accidents sur la route.
Le faible éclairage public et le mauvais entretien des voies de trafic automobile (nombreux nids de poules, tranchées pas toujours comblées, etc.) y sont aussi pour quelque chose, selon moi. Le revêtement du bitume, apparemment particulier ici, et excessivement glissant les premiers instants suivant une faible pluie, également. Et puis, ces "gendarmes couchés" (dos d'ânes ou casse-vitesses) mal indiqués sont de véritables embûches qui mettent les amortisseurs à rude épreuve.
5) Le sens commercial, pas plus que touristique, ne sont pas très au point, amenant à des situations cocasses du genre : vous rentrez dans un magasin de détail, vous faites le tour des rayons à la recherche d'un article, le/la vendeur/euse reste immobile, regardant son portable ou discutant avec une personne quelconque, et vous sortez comme vous êtes rentrés, sans article, sans recommandation, sans même une suggestion d'achat de la part des commerçants. À la limite, clientèle ou pas, c'est kif kif...
6) Sur un plan plus stratégique, et plus personnel surtout, l'instabilité géopolitique et la dangerosité de la région me furent opposées comme contre-arguments à mes démarches en justice de la jeunesse pour y faire venir en vacances mes enfants d'un premier mariage restés en Belgique.
Il est vrai qu'avec les évènements des dernières années, de la Tunisie à la Libye en passant par le Mali et la question du Sahara occidental entre la république algérienne et la royaume du Maroc, nous sommes, comme qui dirait, dans "l'œil du cyclone". La question que se posent les habitants, ici, est de savoir "quand" ça pètera ?
7) Enfin, les ´¡±ô²µÃ©°ù¾±±ðns sont réputés pour être des fainéants alors que, et je tiens à la souligner, ils ont un véritable potentiel.
D'autres choses mériteraient d'être mentionnées, que j'invite d'autres participant-e-s à cette discussion à relever.
Je n'ai fait ici que répondre strictement à l'invitation de décrire l'envers de la carte postale. De nombreux aspects positifs pourraient tout aussi bien venir agrémenter le forum, qui m'ont d'ailleurs fait élire domicile dans cette contrée.
Bien à vous,
Michaël DE BONA