
Curieuse, aventureuse et dévouée. Voilà comment l'on décrirait Laetitia Klotz, une expatriée française qui vient de quitter l'Ouganda. Sa quête de nouvelles expériences l’a amenée dans plusieurs pays d'Europe, en Asie et en Arabie saoudite qui a inspiré son ouvrage : « Intime Arabie ». Elle a aussi animé « l’École des Femmes », une émission radio-web dans son pays de cœur avant de rentrer en France en attendant que la situation s'améliore.
Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre parcours ?
Je m'appelle Laetitia Klotz, je suis auteure et enseignante de ¹ó°ù²¹²Ôç²¹¾±²õ Langue Étrangère (FLE). J'ai grandi dans les Yvelines, où j'ai fait une classe préparatoire littéraire, puis je me suis orientée vers des études d'espagnol avant d'intégrer Sciences-Po à Bordeaux. Au cours de mes années d'expatriation, j'ai repris mes études et ai passé un Master (à distance) en sciences du langage avec l'université de Grenoble-Alpes, pour enseigner le FLE.
Quand vous êtes-vous sentie prête à franchir le cap de l'expatriation ?
Je crois que j'ai toujours pensé que « quand je serai grande », je vivrai à l'étranger. J'ai commencé à voyager seule, assez jeune. A 14 ans, je suis partie au Texas puis au Mexique, un peu plus tard, ce fut le Royaume-Uni, la Floride, puis le Vietnam avec des copines. J'ai ensuite fait un an d'Erasmus à Séville et quelques années plus tard, je suis retournée en Espagne pour faire un VIA ; à Madrid cette fois-ci.
Qu'est-ce qui vous a motivée à partir à l'étranger ? Quand vous êtes-vous expatriée pour la première fois ?
L'ailleurs m'a toujours attirée. Depuis petite, j'avais envie de partir, de m'ouvrir à des horizons différents. Ma première expatriation lointaine, ça a été le Yémen. J'avais 26 ans et mon compagnon venait d'y décrocher un travail. J'ai alors quitté mon poste à Madrid pour l'y rejoindre.
De l'Europe à l'Afrique, en passant par le Moyen-Orient et l'Asie, quelle a été votre plus belle expérience ?
Partout j'ai vécu des expériences marquantes mais je crois que la première expatriation reste une expérience fondatrice. En 2008, le Yémen a été une révélation. Tant dans la beauté des paysages, qu'à travers les gens qui l'habitent et les rencontres que j'ai pu y faire. L'authenticité et le sens de l'accueil des Yéménites sont sans pareil. Bien loin des caricatures et de l'image qu'on en a généralement. Paradoxalement, je me suis sentie libre au Yémen, presqu'insouciante. Aujourd'hui, la réalité du pays est dramatique et la situation a complètement changé, mais à l'époque, je m'y suis vraiment sentie bien.
Très récemment, l'Ouganda m'a aussi particulièrement touchée. Là encore, je crois que c'est une alchimie entre des paysages époustouflants, une population accueillante et des rencontres inoubliables.
Vous avez le profil d'une expat en série qui s'investit dans des causes sociales diverses. Qu'est-ce qui vous motive ?
Quand j'arrive dans un nouveau pays, c'est très important pour moi d'essayer de le connaître et de le comprendre. J'essaye donc de travailler dans des institutions locales ou en tous cas, impliquées dans des problématiques sociales, d'éducation ou tournées vers les femmes. Ce sont des sujets qui me touchent.
Avez-vous eu des difficultés à vous adapter à chacun des pays où vous avez séjourné ?
Je crois qu'à part l'Arabie Saoudite, où ça a pris du temps, ça s'est passé relativement facilement.
Vous êtes l'auteure de plusieurs ouvrages et d'un blog. Peut-on dire que vous avez été inspirée par vos nombreux voyages ?
Oui, c'est certain, j'ai besoin de raconter ce que je vois, les gens que je rencontre. Témoigner de leurs vies, à la fois si lointaines et si proches des nôtres. J'estime avoir énormément de chance de pouvoir ainsi voyager dans différents endroits de la planète mais je me sens redevable du pays, des gens qui m'accueillent, qui me donnent à vivre un peu de ce qu'ils ont et de ce qu'ils sont.
De quoi parle votre livre intitulé « Intime Arabie » ? Quelles sont les choses à garder en tête lorsque l'on choisit de s'expatrier en Arabie saoudite ?
Dans ce livre, je raconte les 3 années que j'ai passées en Arabie saoudite. Je parle de la vie sur le compound, ce camp pour expatriés où la journée, nous restions entre femmes la plupart du temps. J'évoque les différentes trajectoires de femmes que j'y ai croisées, mais aussi ma quête pour m'extraire de ce camp, trouver du travail et rencontrer des Saoudiennes. Celles-ci finissent par m'ouvrir leurs maisons et me confier un peu de leurs vies. C'est aussi ces existences particulières que je raconte dans « Intime Arabie ».
Comment vous est venue l'idée de lancer une radio-web en Ouganda ? Parlez-nous de votre émission « l'École des Femmes ».
J'avais fait un peu de radio pendant mes études. J'utilise aussi ce média dans mes pratiques d'enseignement. On en a parlé avec un de mes collègues de l'Alliance française qui était lui aussi passionné de radio. Et de fil en aiguille, le projet est né. Dans mon émission « L'École des Femmes », je voulais mettre en avant des femmes porteuses de projets, inspirantes pour la société. Elles témoignaient de leur parcours, des obstacles éventuels qu'elles avaient rencontrés en tant que femmes, des différences de traitements, de jugements que la société leur imposait. Des pratiques qu'elles mettaient en place pour affronter/détourner ces difficultés. Les témoignages, les discussions, les débats nous ont permis à tous/toutes de faire évoluer nos pratiques et nos perceptions sur certaines situations.
Quelles seraient, selon vous, les avantages et les inconvénients d'être une femme expat ?
Dans certains pays, le fait d'être une femme donne accès aux autres femmes, à ces alcôves de féminité où les hommes n'ont pas droit de regard. C'est vraiment très précieux selon moi. D'un autre côté, des lieux peuvent nous être interdits, juste parce qu'on est une femme. Ça, c'est très difficile à accepter.
Mais je pense que plus généralement, c'est la situation du conjoint expatrié (celui qui suit et qui est certes souvent une femme) qui est compliqué. D'un côté, il ou elle a du temps pour lui/elle. Mais de l'autre, on peut rapidement tomber dans l'ennui et avoir l'impression qu'on ne sert à rien.
Quels sont, pour vous, les clés d'une intégration et d'une expatriation réussies quand on est femme ?
Je crois que dès le départ il faut avoir de la curiosité pour le pays qui nous accueille et ne pas tarder à partir à sa découverte. En se promenant, en chinant, en apprenant quelques mots. Il ne faut pas hésiter à aller vers les autres, surtout si ce sont des femmes. Elles seront toujours contentes de vous parler de leur pays ; de vous accueillir, de partager sur votre féminité commune. S'investir dans une association locale est aussi un très bon moyen pour rencontrer du monde et s'ouvrir des horizons.
Ensuite, l'important, c'est de se connaître et de savoir ce qui compte pour soi ; ce qu'on ne veut pas sacrifier quand on part ou qu'on suit quelqu'un. Certaines vont avoir envie de consacrer tout leur temps à leurs enfants, d'autres vont vouloir se recentrer sur leurs études, leur parcours personnel, d'autres encore ne sacrifieraient leurs carrières pour rien au monde. Et la plupart ; nous voulons un peu tout ça ! Il faut voir clair dans ce qui importe pour nous en tant que femme et être intransigeantes pour le protéger. Accepter les compromis aussi, si l'on est en couple ou en famille, mais surtout, ne pas s'oublier.
Et si tout cela était à refaire, le feriez-vous de la même manière ?
Je pense. Mais c'est vrai qu'au fil des expatriations, j'ai acquis des réflexes que je n'avais pas forcément au début. Je crois qu'avec l'expérience, je perds de moins en moins de temps à m'intégrer et à faire ce qui compte pour moi. Je me connais plus, aussi. Ça aide.



















