Etape 1 : Vous avez repéré du coin de l’œil un petit plateau en cuivre, gravé de quelques dessins et inscriptions. Vous le saisissez du bout des doigts comme s'il avait trempé dans la merde et vous demandez d'un air peu convaincu : "combien ?". Le vendeur explique que c'est un des meilleurs ciseleurs de Tunis qui l'a gravé, que ça dure deux heures pour faire une merveille pareille et que ça vaut une fortune.
Etape 2 : "Bon, c'est combien alors ?". Réponse du vendeur : " Pour toi, parce que t'es pas américain ni allemand, 25 dinars !". A l'annonce du prix, Il faut que vous éclatiez de rire. Vous souhaitez une bonne journée et vous vous en allez. Le vendeur vous rattrape : "Combien tu veux payer ?"
Etape 3: Vous répondez "5 dinars, ça vaut pas plus, j'en ai vu des plus beaux, ils me les laissent pour 4 dinars". Le vendeur éclate de rire, vous souhaite une bonne journée, se rassoit et fais mine de regarder ailleurs. Puis il vous dit "C'est vrai quoi, comment je vis ? Tu veux ma faillite ? Allez, c'est bon, je te laisse à 20 dinars".
Etape 4 : Vous : "Arrête, arrête, tu me prends pour un millionnaire ? Allez laisse le moi pour 8 dinars. Walahi, ça vaut pas plus ya khouya" (ponctuez de mots arabes, c'est mieux).
Etape 5: "Tu es fort en affaires. Allez , ça va. Aya, donne-moi 15 dinars et on en parle plus". Là , il faut saluer poliment, dire c'est vraiment pas possible, et commencer à s'en aller, pas trop loin.
Etape 6 / scénario n°1 : Si le vendeur ne vous rattrape pas, c'est qu'il ne laissera pas son plateau à moins de 12 dinars. Vous revenez. Dans tous les cas, vous revenez, vous pouvez partir si vous n'avez pas engagé de négociation, mais là , le marchandage a commencé . Donc ça serait mal vu de partir vraiment. Vous dites, "bon, voila 11 dinars". Il vous répond "allez, donne 12 dinars, prend-le ton plateau". Attention ne vous trompez pas, à ce stade de la négociation, si vous voulez payer 12 dinars, il faut proposer 11 dinars. Vous tendez donc un billet de 10 et un billet de 5. Il les prend. Vous attendez. Quoi ? Ben, la monnaie. "Ah, tu m'as pas dit 15 dinars ?". Vous : "Non on a dit 12". Lui : "C'est vrai t'as raison", ( il y a des limites, et des règles à respecter, marchandeur, oui, voleur ou escroc, non). Il n'a pas de monnaie. Tenez bon. Il ira faire la monnaie chez le voisin (une fois sur deux c'est comme ça). Vous êtes donc passé de 25 dinars à 12, c'est bien.
Etape 6 / scénario n°2 : Le vendeur vous rattrape. Il est donc prêt à le céder à 9 dinars. Pas moins, vous aviez dit 8 tout à l'heure. Donc vous dites : "Bon je le prends. 10 dinars, ça va ?". (là vous devez penser de moi, le narrateur, que je me trompe. Vouloir payer 9 dinars et proposer 10 ? Attendez, vous allez comprendre). Le vendeur : "tu es un bon marchandeur, tu pourrais être Tunisien, aatini achra dinara." (si vous êtes bon marchandeur, vous êtes déjà un peu moins étranger, et il vous parlera peut-être un peu plus en arabe). Vous fouillez dans votre porte-monnaie, vous sortez un billet de 5, puis un de 2, un billet de 1, des pièces. On compte. 9 dinars ! "J'ai pas plus" (le reste est caché dans la poche). "Petit malin ! (il a compris votre manège mais joue le jeu) Aya, donne, donne. Ah la la, je fais pas des affaires avec toi". Donc vous l'avez eu à 9 dinars, pas mal, non ?
Au fait, cette ce modeste plateau, il l'a fait lui-même, en beaucoup moins de temps qu'il ne le prétend, et il vaut 5 dinars...................
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