Alors 莽a se passe au Bistrot "Chez Lulu", 11h du matin. Le comptoir est d茅j脿 bien anim茅.
Assis 脿 sa place habituelle, accoud茅 comme s鈥檌l faisait partie du mobilier, D茅d茅, pilier de comptoir officiel depuis 1982, sirote son p鈥檛it blanc.
En face de lui, y鈥檃 Ant貌, un cousin corse 芦 mont茅 禄 sur le continent depuis 20 ans, mais qui a gard茅 l鈥檃ccent鈥 et l鈥櫭ゞo.
D茅d茅 lance, l鈥檃ir songeur :
鈥 Moi j鈥檛e le dis, les femmes, j鈥檆omprendrai jamais.
Hier, ma Josiane, elle m鈥檇it : 鈥淭鈥櫭ヽoute jamais c鈥檘ue j鈥檛e dis !鈥
J鈥檒ui r茅ponds : 鈥淩茅p猫te ?鈥
Et l脿, elle crie : 鈥淐鈥檈st bien c鈥檘ue j鈥檇is !鈥
Alors que justement, j鈥櫭﹖ais en train de l鈥櫭ヽouter !
Ant貌 茅clate de rire :
鈥 Ah 莽a, mon pauvre, t鈥檃s rien compris. Faut pas 茅couter鈥 faut deviner ! C鈥檈st comme avec la m茅t茅o chez nous : si elle sourit, tu sors les lunettes, si elle fronce les sourcils, tu te planques.
D茅d茅 hoche la t锚te, pensif :
鈥 Ouais, sauf que la m茅t茅o, elle t鈥檈n veut pas si tu mets pas les bottes鈥 Ma Josiane, elle m鈥檃 fait la gueule tout le repas.
Ant貌, fier comme un coq :
鈥 Moi, avec les femmes, j鈥檃i ma technique. C鈥檈st simple. Je dis jamais non, je dis jamais oui鈥
je dis : 鈥淥n verra.鈥
Et comme 莽a, elle croit que c鈥檈st elle qui d茅cide.
鈥 Bon, apr猫s j鈥檉ais quand m锚me comme j鈥檝eux. Mais chut !
D茅d茅 :
鈥 Et 莽a marche ?
Ant貌 :
鈥 脡videmment que non ! Mais au moins, j鈥檃i l鈥檌llusion d鈥檃voir choisi ma punition.
Le patron, Lulu, qui essuie un verre, balance :
鈥 Vous 锚tes pas compliqu茅s, vous les mecs. Vous voulez avoir raison鈥 mais vous voulez aussi vivre vieux. Va falloir choisir un jour ! 馃槄
11h 30 du matin, D茅d茅 et Ant貌 sont toujours accoud茅s au comptoir. Le troisi猫me ballon de blanc est entam茅, la conversation bat son plein.
D茅d茅, un peu 茅mu :
鈥 Tu vois, malgr茅 tout, j鈥檒鈥檃ime ma Josiane. Elle gueule, elle r芒le, mais bon鈥 c鈥檈st la seule qui supporte que j鈥檓ette mes chaussettes au micro-ondes l鈥檋iver.
Ant貌, hilare :
鈥 C鈥檈st pas de l鈥檃mour, 莽a, c鈥檈st de la r茅sistance passive !
Et l脿鈥 la porte du bistrot s鈥檕uvre d鈥檜n coup.
Un courant d鈥檃ir traverse la salle. Silence. M锚me la machine 脿 caf茅 fait une pause.
C鈥檈st Josiane.
Manteau sur le dos, sac 脿 la main, et un regard capable de faire fondre un cong茅lateur.
Josiane (d鈥檜n ton sec) :
鈥 Ah bah voil脿. Je t鈥檃i cherch茅 partout. Et comme par hasard, t鈥檈s l脿, D茅d茅 ! Tu m鈥檃vais dit 鈥渏e sors juste cinq minutes鈥 !
D茅d茅 (pris sur le fait, essaye la technique du mort-vivant) :
鈥 Hein ? Mais鈥 j鈥檚uis sorti 脿 10h30鈥
Josiane (implacable) :
鈥 Il est 11h30, D茅d茅. T鈥檃s mis une heure 脿 aller jeter les poubelles. Elles sont toujours dans l鈥檈ntr茅e !
Ant貌, tentant de d茅tendre l鈥檃tmosph猫re :
鈥 Oh Josiane, faut pas lui en vouloir鈥 Il contemplait la vie, c鈥檈st beau, non ? L鈥櫭e, 莽a a besoin de s鈥檃茅rer.
Josiane (le fusillant du regard) :
鈥 L鈥櫭e, peut-锚tre. Mais l鈥檕deur, elle, elle reste.
Lulu, le patron, tente une pirouette :
鈥 Allez Josiane, tu veux un petit verre ? C鈥檈st l鈥檋eure de l鈥檃p茅ro quand m锚me.
Josiane :
鈥 Je bois pas quand je suis 茅nerv茅e.
(petit silence)
鈥 鈥 Mais sers-moi un blanc quand m锚me.
Elle s鈥檃ssoit. D茅d茅 respire 脿 nouveau.
Josiane (en le regardant du coin de l鈥櫯搃l) :
鈥 Et toi, D茅d茅, tu vas faire la vaisselle ce soir. Pas de discussion.
D茅d茅 (soupirant) :
鈥 Et si je veux discuter ?
Josiane (calmement) :
鈥 Alors tu feras aussi celle de demain. 馃槣